Pascal TAMIN
24 Sep
24Sep

La scène revient à chaque rentrée, dans presque toutes les familles que je reçois.

Un adolescent est assis à table. Autour de lui, des adultes bienveillants : ses parents, parfois un oncle, son professeur principal, un conseiller d'orientation. Chacun a un avis, et chacun a de bonnes raisons. « Avec tes résultats en maths, tu devrais… » « À ta place, je ferais… » « De toute façon, le problème, c'est que tu ne travailles pas assez. »Lui ne dit rien. Il hoche la tête. Et rien ne bouge.

Les parents m'appellent souvent à ce moment-là, et ils me demandent la même chose : le convaincre. C'est précisément ce que je ne ferai pas.

Un adolescent n'est pas vide, il est déjà plein. On se représente souvent un jeune en difficulté comme quelqu'un qui manquerait d'informations : il ne saurait pas quelles filières existent, ni comment on apprend une leçon. Il suffirait de lui expliquer. 

Mon expérience dit l'inverse. À quinze ans, un adolescent est saturé. Il a déjà reçu les attentes de ses parents, les jugements de ses professeurs, les comparaisons avec son frère ou sa sœur, et les slogans de son époque. Ce n'est pas de la place vide qu'on trouve en face de soi : c'est un encombrement.

Ajouter un conseil de plus, même excellent, ne fait qu'épaissir la pile. C'est pour cela qu'un ado « n'écoute pas » : il n'a plus de place où ranger ce qu'on lui dit.

Partir de qui il est, pas de ce qu'il devrait faire.

Je commence donc toujours par l'inverse d'un conseil : une question, puis une autre, puis le silence qu'il faut pour qu'une réponse arrive.

Ce travail s'appuie sur des outils précis, un questionnaire d'intérêts approfondi, une exploration de sa façon d'agir, de ce qui le motive réellement, des réflexes qui se déclenchent chez lui sous pression. Mais l'outil n'est jamais le but. Il sert à mettre des mots sur quelque chose que le jeune ressent depuis longtemps sans pouvoir le nommer.

Le moment qui compte n'est pas celui où je livre un résultat. C'est celui où il dit : « Ah oui, c'est vrai, je suis comme ça. » Là, quelque chose se remet en marche, parce que pour la première fois, la description vient de lui.

Pourquoi je passe par le jeu et par l'écriture, parfois? 

Un adolescent à qui l'on demande de parler de lui pendant une heure se ferme. C'est normal : on lui demande un exercice d'adulte.

Alors je détourne. Un compte à rebours, un défi à relever, un mot à mimer, trois fiertés à citer en vingt secondes, un haïku à écrire. Certains de mes accompagnements prennent la forme d'un parcours de douze séances où chaque rendez-vous ressemble à un jeu, avec ses points et son diplôme à la fin.

Cela surprend les parents. Ils viennent chercher de la méthode de travail et découvrent que leur fils a écrit un poème sur le basket.

Mais ce n'est pas un habillage. Un jeune qui joue baisse la garde, et c'est en baissant la garde qu'il dit vrai. Les trois lignes qu'il écrit sans y penser en valent trente d'entretien. Et le jour où il doit tenir bon en cours, ce qui lui revient n'est pas mon conseil : c'est sa propre phrase.

Et les parents, dans tout cela.

Un accompagnement d'adolescent déplace presque toujours quelque chose chez les parents. C'est la partie que je n'avais pas anticipée quand j'ai quitté l'institution, et c'est devenue l'une des plus importantes.Une mère découvre que son fils ne se désintéresse pas de l'école, mais qu'il a renoncé à y réussir devant elle. Un père comprend que le métier qu'il avait imaginé pour sa fille était d'abord le sien. Ce ne sont pas des fautes : ce sont des désirs de parents, et ils partent d'un bon endroit.

Mon travail consiste à séparer les deux, sans accuser personne. Ce que veut le parent, ce que veut l'enfant. Une fois posés côte à côte, la plupart des tensions du dîner tombent d'elles-mêmes.

Ce que ça change.

Rien de spectaculaire, et c'est voulu. Un jeune qui sait comment il fonctionne cesse de s'expliquer ses échecs par sa propre nature. Il essaie autre chose. Il se remet en mouvement.Trente ans dans l'Éducation nationale, comme CPE puis comme chef d'établissement, m'ont appris une chose simple : on ne fait pas travailler un adolescent contre lui-même. On l'aide à comprendre comment il est fait, et il s'y met tout seul.

C'est plus long qu'un conseil. C'est aussi la seule chose qui tienne au-delà du trimestre.


Si vous vous posez des questions pour votre enfant, le questionnaire d'orientation est accessible librement sur ce site, et je reçois à Chamalières ou en visio. 06 59 22 22 48.

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